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Solène Chauveau Ostéopathe

Où sont passées vos vacances ?

Votre corps, lui, ne les a pas oubliées

Que vous rentriez tout juste de congés ou que votre été se soit terminé depuis plusieurs semaines déjà, cette rentrée résonne probablement de la même façon : les cartables sont prêts, l’agenda s’est rouvert, et le rythme est reparti presque plus vite qu’il n’était venu.

Le mois dernier, nous avions parlé de la façon de bien fermer les vacances, un rituel de clôture pour permettre à l’éléphant de lâcher progressivement, sans être surpris par la fin du relâchement. Aujourd’hui, j’aimerais vous proposer l’inverse : et si, plutôt que de tout refermer, on gardait sciemment une porte entrouverte ? Un tout petit coin de vacances, préservé, qui continue d’exister dans le corps bien après que les valises sont rangées.

 

Problématique du mois

Vous connaissez la scène. Une semaine après la rentrée, tout est déjà rentré dans l’ordre, au sens propre comme au figuré. Les horaires, les trajets, les écrans, les notifications. Et une question s’invite, presque malgré vous : mais où sont passées mes vacances ?

Ce n’est pas que vous ayez mal profité de cette pause. C’est que rien, dans votre quotidien de rentrée, ne vient plus la lui rappeler. Le corps, lui, ne fonctionne pas avec des souvenirs abstraits, il a besoin de signaux concrets pour retrouver un état. Sans eux, l’état de calme s’efface aussi vite qu’il était venu, et il ne reste que l’impression d’avoir rêvé une parenthèse, déjà loin, déjà presque oubliée.

 

Vision vagale

Ce que vous avez vécu en vacances n’était pas qu’une ambiance mentale, c’était un état physiologique. Un rythme cardiaque plus lent, une respiration plus ample, un tonus musculaire relâché : autant de signaux que votre corps envoyait, à chaque instant, vers le cerveau.

C’est là qu’interviennent les étriers, cette voie du nerf vague qui remonte du corps vers le cavalier, et qui représente en réalité la majorité des fibres vagales. Contrairement à une idée reçue, le calme ne descend pas seulement du cerveau vers le corps : il naît très souvent du corps lui-même, qui informe le cerveau qu’il est temps de se détendre.

Or le corps a une mémoire associative redoutablement efficace. S’il a répété, jour après jour pendant les vacances, un même geste dans un même état de calme, une marche sans but, un café pris lentement au même endroit, une respiration face à la mer, ce geste et cet état finissent par s’associer. Le geste devient une sorte de clé. Et rejouer le geste, même hors contexte, même en pleine rentrée, peut suffire à réactiver, au moins partiellement, l’état physiologique qui lui était associé.

C’est exactement ce qui manque à la rentrée : non pas la volonté de se détendre, mais l’absence de ces clés corporelles dans un quotidien qui n’en contient plus aucune.

 

Pourquoi est-il essentiel d’y remédier ?

On pourrait se dire que c’est un détail, un peu de nostalgie de l’été, rien de plus. Mais ce qui se joue est plus profond : c’est la capacité de votre système nerveux à osciller entre activation et repos.

Un système nerveux sain n’est pas un système toujours calme. C’est un système capable d’alterner : de mobiliser de l’énergie quand la journée l’exige — le cavalier au travail, les rênes bien tendues — puis de revenir vers l’éléphant, vers le relâchement, une fois le besoin passé. C’est cette alternance, cette respiration entre les deux états, qui définit une bonne adaptabilité nerveuse.

Or sans aucune clé de retour au calme dans le quotidien, cette alternance s’appauvrit. Le cavalier reste en poste plus longtemps que nécessaire, faute de signal clair l’invitant à passer la main. Et c’est précisément cette perte de souplesse, bien plus que l’intensité du stress lui-même, qui pèse sur le sommeil, la digestion, la capacité à récupérer d’une journée à l’autre.

Garder volontairement un fragment de vacances vivant dans le corps, ce n’est donc pas un luxe nostalgique. C’est entretenir, concrètement, la capacité de votre système nerveux à revenir vers le calme, même en pleine rentrée.

 

L’exercice du mois

Cette semaine, prenez un instant pour vous demander : quel était mon geste de vacances ? Pas l’activité la plus marquante, le geste le plus simple, le plus répété, celui qui revenait presque sans y penser. Écouter le vent dans les arbres. Lire quelques pages, tranquillement. Marcher sans destination précise. Prendre soin de son corps, sans se presser.

Une fois ce geste identifié, offrez-lui de l’espace dans votre semaine, la durée important moins que la régularité. S’il s’agit d’un geste bref et sensoriel, comme écouter le vent ou fermer les yeux quelques instants au soleil, deux à trois minutes par jour suffisent. S’il demande plus de temps pour déployer son effet, comme la lecture ou une promenade, mieux vaut lui consacrer un vrai moment, deux ou trois fois dans la semaine. Dans les deux cas, l’essentiel reste le même : recréer les mêmes conditions sensorielles que là-bas, sans montre, sans but, sans rien à en tirer.

 

Pourquoi cet exercice fonctionne

Sur le plan physiologique : en recréant les conditions sensorielles précises associées au calme des vacances, vous réactivez le même schéma de respiration ample et de relâchement musculaire qui accompagnait ce moment, sans avoir à forcer un état, simplement en réactivant une association déjà installée dans le corps.

Sur le plan nerveux : ce geste fonctionne comme une clé pour les étriers. En sollicitant le même signal corporel qu’en vacances, vous renvoyez au cavalier une information familière, celle du repos, ce qui facilite le passage naturel du système nerveux vers l’éléphant, sans effort de volonté.

Sur le plan émotionnel : le geste n’a pas besoin d’être long pour être efficace. Il agit comme un rappel que cette version calme de vous-même n’a pas disparu avec l’été, elle est toujours accessible, à quelques minutes près, dès que vous lui en donnez l’occasion.

 

Conclusion

Le corps n’a pas besoin qu’on lui explique comment retrouver le calme, il sait déjà faire. Il lui suffit, parfois, qu’on lui redonne la même porte d’entrée qu’il connaissait déjà. Ce petit geste de vacances, préservé et rejoué dans le quotidien, n’est pas une façon de fuir la rentrée : c’est une façon de rester relié à cette version de vous-même qui sait encore se poser.

Au cabinet, nous accompagnons justement ce travail d’écoute,  retrouver, avec le corps, les signaux qui permettent de revenir au calme, même au cœur d’un emploi du temps chargé.

 

NB: 

Si vous cherchez encore quel est votre geste de vacances, ne réfléchissez pas trop, la première image qui vous vient en tête, spontanément, est probablement la bonne.